Conception...


D’un espace à l’autre.

La conception d’un site

L’enjeu de mon travail est « de m’interroger sur différents processus de composition structurels à partir d’éléments donnés et d’un contexte particulier ».
En peinture, le support est un territoire sans histoire, vierge, sans passé, sans fondations. Il n’y a donc aucun élément donné comme point de départ à l'élaboration de la toile.
Cet acte plastique doit donc répondre à cette condition contrairement à d’autres pratiques.

En effet, prenons l’urbaniste. Confronté au réaménagement ou à la transformation d’un site, il part d’une base existante, tenant compte de multiples paramètres, qu’ils soient fonctionnels ou esthétiques, sans parler de la réponse à la demande qui contraint bien des réalisations.

En réaction à cela, je décide de créer un site, un contexte en quelques sortes, comme point de départ de l’élaboration d’un projet, tel un architecte.
Considérant le site comme ayant une histoire qui lui est propre, j’ai recours aux accidents spontanés à des endroits déterminés, créant ainsi plusieurs territoires isolés sur le support.
Peu à peu, j’en réaménage les parties apparentes qui sont selon moi semblables à des parcelles.
Par la suite, à l’aide du tracer, j’établis de multiples connections entre elles, sorte de câbles tendus ou virevoltants à travers l’espace. Se superposant sur le support, ces connections composeront peu à peu les différentes stratifications d’un site qui semble être partiellement tendu dans le vide.
Le plan de travail se complétant grâce à cela, je peux commencer à y inscrire une architecture.

L’aménagement du site

J’agence donc des éléments dans l’espace afin d’établir un plan ; certains éléments ont la faculté intrinsèque de devenir des fondations suggérées par la structure du site.

Le chantier en cours me laisse la possibilité de concevoir une multitude de plans hypothétiques.
Jusque-là, le travail est fort similaire à celui de l’architecte, hormis le fait que l’aspect fonctionnel auquel il se doit de répondre n’intervient pas.

Le contexte virtuel

La démarche se complexifie quand je décide de retranscrire sur la toile plusieurs plans de travail.(tels un ensemble de calques superposés).
Ce qui m’importe avant tout, c’est d’élaborer ce que je nomme « le plan unique » en reliant certains points de repère d’un espace à l’autre.

A cette étape de la réalisation, un effet optique me donne l’impression que le support, le site initial, les différents plans en cours, fusionnent pour former une sorte d’hologramme dont les constituants sont en mouvement.

Les points de repère

Le rôle de la couleur prend alors tout son sens. Sa fonction n’est autre que de faciliter la distinction et l’identification des différents plans, y compris quand ils sont perçus comme étant apparemment mouvants.
Sans elle, il est optiquement difficile de poursuivre ma démarche car son pouvoir « focal » permet de continuer à construire le « plan unique » à partir de points de repère, qu’ils soient virtuellement mouvants ou non.

Malgré le rôle prépondérant de la couleur, j’applique par la suite ce que je nomme le processus de « cadrage » des différents éléments du tableau, toujours dans le but de focaliser mon attention sur des endroits déterminés. Pour cela, j’emploie le vide créé par de multiples formes structurantes en trois dimensions que je conserve dans la vie de tous les jours.
Elles sont telles des fenêtres que je dispose momentanément sur le support pour me permettre d'y polariser mon regard.

Les points de repère des différents plans étant, grâce à ces deux techniques, aisément visibles, je peux les relier et ainsi créer ce que j’appelle le schéma de diverses constellations inconnues, « le plan unique ».

Les constellations

Elles sont telles des structures qui flottent dans l'espace du support, des jonctions entre les multiples dimensions du tableau qui composent le « plan unique ».
De toute évidence, leurs lectures peuvent différer d’un endroit à l’autre mais les points de repère, tels des étoiles, empêchent leurs disparitions définitives.
Parfois, certaines étoiles sont difficilement perceptibles mais la trace qui les relie permet de les retrouver.

De plus, ces « étoiles » peuvent participer simultanément à plusieurs constellations, ouvrant ainsi le champ des perceptions. Elles deviennent des carrefours sidéraux qui remettent en question la notion de « centre » de l’image inscrite sur la toile.

Cela m’amène à me poser la question des conditions dont il faut tenir compte afin d’élaborer une structure dans l’espace sidéral, mouvant et en perpétuelle mutation.
Elles sont de toute évidence fort différentes que celles que l’on doit respecter ici même.

Tenant compte de cela, je me laisse une liberté dans la conception du « plan unique » que je souhaite établir ; jusqu’à imaginer qu’il réponde à des conditions propres à une localité qui peut être autre que le lieu de sa conception.

Mon travail laisse donc entrevoir un déplacement imaginaire d’éléments dans des espaces multidimensionnels.
La potentialité qu’il laisse supposer avant, pendant et après son élaboration. est capitale en vue de son développement; l’intérêt étant d’architecturer l’espace en dépassant les limites physiques d’un support.

Ma démarche est naturellement hypothétique mais l’inconnu étant vaste, tout dépend du contexte.

Thomas Pâques